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L’Acconcagua est un magnifique projet, surtout si on envisage d’en réaliser l’ascension par sa très belle face Est que parcours le glacier des polonais, ce qui était notre but.
Mis companeros, Lolo et Roland :

Déjà la marche d’approche, qui suit la longue vallée de las Vacas est un enchantement. On la parcours durant trois jours pour atteindre les 4200 mètres du camp de base (Plaza Argentina) que je découvre en même temps que mes compagnons Laurent et Roland, parce que pour mes quatre précédentes ascensions c’est la vallée de Horcones orientée au Nord-Ouest que j’avais suivi. pour rejoindre Plaza de Mulas, le camp de base de la voie normale.
Cette année (à cause du phénomène Nino a-t-on entendu dire) les conditions ont été très difficiles. Il faut comprendre par-là que le vent a été exceptionnellement violent (parfois jusqu’à 150 km/h) d’où le très grand nombre d’abandons et d’évacuations par hélicoptère du camp de base que nous avons pu constater.
Le glacier des Polonais, face Est de l’Acconcagua, 6962 m et son camp 1 :

Beaucoup de casses de matériel aussi, des tentes déchiquetées par exemple.
Des blessés, notamment des gelures toujours dues au vent.
Les témoignages recueillis (plus ou moins crédibles) par certains amateurs qui ont tenté le glacier des polonais cette saison nous ont assez vite convaincu de modifier notre projet initial et de partir sur une voie magnifique qui se situe entre la face Est et la voie normale et qui rejoint cette dernière un peu plus bas que le refuge Independecia, à 6300 mètres.
Les amis argentins, Jose et Julian :

Un itinéraire de toute beauté, ponctué de trois camps accueillants, avec de l’eau à profusion à chacun d’eux.
Il reste qu’une expédition de ce type demande un très gros engagement et un bon moral. Le froid, le vent et le bruit qui lui est associé jour et nuit, les lourdes charges à monter d’un camp à l’autre, l’altitude et tous les symptômes qui vont avec (maux de tête, nausée etc.) en font une expérience exigeante.
Nous rejoignons la voie normale à 6300 m, au moment du lever de soleil le 9 janvier. Le refuge détruit de Independecia :
Il nous a fallu aussi beaucoup nous battre dans les « pénitents » pour rejoindre à 5200 mètres le col Ibanez, qui offre au-dessus du camp de base une vue incroyable sur la face Sud, une des plus haute du globe.
La fête au camp de base, la montée au col Ibanez, 5200 m, au tiers de l’extraordinaire face Sud de l’Acconcagua (voie des Argentins) :

On ne parlera donc pas de vacances …. avant de rejoindre les 30 degrés de Mendozza, ses terrasses accueillantes, ses « chorizos » impressionnants accompagnés de vins légendaires, ou plus tard, entre deux avions, la magnifique ville de Buenos Aires et ses quartiers si pittoresques.
Lolo et Roland, quelques jours …. après !

Ultime entraînement avant notre départ à l'Acconcagua, ça a consisté à un check du matériel sous condition, à un entraînement à l'altitude et au froid !
C'est le long de l'arête Midi-Plan que nous avons installé nos tentes par - 25 degrés et que nous avons vu avec plaisir que les réchauds fonctionnent, que les sacs de couchage sont performants ainsi que les tentes.
La montagne est vide en cette période et la lumière fantastique, un vrai plaisir d'avant Noël !
Je vois les yeux brillants de mes compagnons de voyage. Brillants de fatigue ? D’émotion ? De plaisir ?
Des trois sans doute! Ce trekking partagé au Ladakh ayant amené à l’ascension du sommet (ou antécime) du Stock Kangry (6121 m) a tenu bien plus que ses promesses, nous sommes revenus plus proches que nous l’étions au départ.
Trekking partagé : le mot contient à lui seul tout ce que j’attends d’un voyage en l’Himalaya indien, plus précisément au Ladakh.

Partager les surprises quotidiennes qui ponctuent le chemin, partager le savoir-faire des habitants locaux ou la récitation d’un mantra, partager entre-nous tous les moments difficiles physiquement et moralement, partager la nourriture le soir sous la tente mess, partager les rires avec les muletiers, partager les doutes aussi.
Un trekking dans cette région du monde n’est pas qu’un exploit sportif ou qu’un geste fun, c’est avant tout une expérience métaphysique qui aura des répercussions profondes, à notre insu, sur notre comportement dès le retour en Europe, une nouvelle forme d'apprentissage de la tolérance, de l’empathie, du don, de la générosité.

Oui, au retour, on s’est senti meilleur, plus riche, plus humain. Ceci grâce à la gentillesse des gens qui nous ont accompagné durant notre trek, à leur disponibilité. Cette leçon de savoir vivre est bouleversante. Encore plus forte que l’expérience de l’ascension d’un sommet de 6000 mètres, mais si en plus ces hauteurs-là sont atteintes, que demander de plus ?
Alors à tous nos amis tibétains, réfugiés, apatrides, un immense merci.

© 2006-2010 Edgard Oberson, guide de montagne - Tous droits réservés |
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